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LETTRE

Pour diffusion le 22 octobre 2024

PARC ÉOLIEN DU BAS-SAINT-LAURENT - OU COMMENT METTRE LA CHARRUE DEVANT LE BOEUFS

Montréal, le 22 octobre 2024 – Hydro-Québec et l’Alliance de l’énergie de l’Est ont annoncé la signature d’une entente de partenariat pour le développement éolien de la zone Wocawson, dans le sud-ouest du Bas-Saint-Laurent. L’annonce, ainsi que la façon de procéder, sont problématiques à plusieurs égards.

Sans appel d’offres et sans autorisation de la Régie de l’énergie ? 

L’entente survient malgré le fait  que la loi actuelle1 stipule que pour ses approvisionnements, Hydro-Québec doit d’abord soumettre à l’approbation de la Régie une procédure d’appel d’offres et d’octroi et obtenir son approbation. Elle survient également alors qu’un nouveau cadre législatif qui propose la modification de ces dispositions, le projet de loi n° 69 (PL-69) sur l’énergie, est discuté à l’Assemblée nationale, mais n’a toujours pas été adopté. Le cadre législatif actuel requiert donc de procéder par appels d’offres et il nécessite toujours l’approbation par la Régie de l’énergie. 

Cette annonce précipitée suggère qu’une fois de plus, le gouvernement agit à la marge du cadre légal actuel et espère régulariser la situation à posteriori, procédant selon ses propres visées, déterminées dans l’ombre derrière des portes closes.

La production d’électricité devrait être utilisée dans le but d’atteindre les objectifs climatiques du Québec. 

Dans l’attente d’un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), prévu pour adoption avant le 1er avril 2026 par le PL-69, la population est toujours dans le noir quant aux usages auxquels le gouvernement entend consacrer la production d’énergie prévue. Jusqu’à présent, peu de mégawatts ont été accordés par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour décarboner les activités actuelles des promoteurs. Le gouvernement n’a pas fait la démonstration qu’il entendait privilégier la transition énergétique, qu’il utilise pourtant pour justifier cette augmentation de la production. 

Or, un développement débridé et mal planifié aurait des conséquences sociales et environnementales importantes. Lors de la consultation particulière sur le PL-69, plusieurs organisations ont souligné que « plus on produira d’électricité, plus ça coûtera cher ». Les impacts sur le territoire et sur la biodiversité ont également été mis de l’avant. Il est donc essentiel de bien déterminer les besoins réels d’électricité avant de se lancer à la hâte dans une production débridée. Cela n’a pas encore été fait.

Les « partenariats » : un modèle en rupture avec le pacte social établi lors de la création d’Hydro-Québec qui pourrait augmenter l’accaparement privé des infrastructures énergétiques. L’électricité est un service public essentiel dont les actifs sont hautement stratégiques, et la production, le transport et la distribution d’électricité au Québec devraient être entièrement publics et sous contrôle démocratique. Le modèle nationalisé de production et de distribution d’électricité au Québec a historiquement permis une redistribution collective des dividendes à l’ensemble de la population.

L’annonce du Bas-Saint-Laurent mentionne qu’un « processus compétitif pourra être mis en place pour accueillir dans le partenariat un développeur apportant l’expertise technique pour la réalisation des phases de développement subséquentes ». Le modèle proposé par Hydro-Québec et l’Alliance de l’énergie l’Est redirige donc une partie de ces dividendes vers certaines municipalités ou MRC et vers des promoteurs privés.  

Les promoteurs peuvent avoir leur place dans l’exécution, l’opération ou l’entretien des infrastructures énergétiques. Par contre, ils ne devraient pas posséder les actifs. Le projet de privatisation du patrimoine énergétique du Québec n’a jamais été présenté à la population, et n’a donc pu être débattu - et encore moins les options permettant les transformations nécessaires pour réaliser la transition énergétique et lutter contre la crise climatique. 

Le gouvernement doit garantir que la propriété des actifs demeurera publique en l’inscrivant dans le PL-69 qui, pour le moment, prévoit au contraire la possibilité d’étendre cette formule de partenariats publics-privés à la nouvelle production tout comme à d’autres infrastructures existantes comme les barrages) et le réseau électrique.

Une grande conversation nationale est plus que jamais nécessaire pour éclairer ces choix de société, qui affecteront au moins les deux prochaines générations.

*Listes des organisations signataires :

  • Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)
  • Fondation Rivières
  • Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)
  • GMob (GroupMobilisation)
  • ACEF du Nord de Montréal

1. Article 74.1 de la loi sur le Régie de l’énergie : 74.1. Afin d’assurer le traitement équitable et impartial des fournisseurs participant à un appel d’offres, le distributeur d’électricité doit établir et soumettre à l’approbation de la Régie, qui doit se prononcer dans les 90 jours, une procédure d’appel d’offres et d’octroi, ainsi qu’un code d’éthique portant sur la gestion des appels d’offres applicables aux contrats d’approvisionnement en électricité requis pour satisfaire les besoins des marchés québécois qui excèdent l’électricité patrimoniale, ou les besoins qui seront satisfaits par un bloc d’énergie déterminé par règlement du gouvernement en vertu du paragraphe 2.1° du premier alinéa de l’article 112.

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Pour plus d’informations ou pour obtenir des entretiens avec les signataires du communiqué, veuillez contacter :

Mélanie Busby 
melanie.busby@pourlatransitionenergetique.org 
(514) 233-8941
Responsable de la Coalition large sur l'énergie
Front commun pour la transition énergétique

 
 

Les organisations regroupées aujourd'hui font partie d'un regroupement qui a demandé publiquement et directement au gouvernement un débat sur l'avenir énergétique depuis maintenant près de deux ans, a renouvelé sa demande, le 30 novembre 2023, en présentant à l'Assemblée nationale le Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable, appuyé par le Parti Québécois et Québec solidaire. Ce regroupement a également demandé un moratoire sur l'octroi d'électricité pour le développement industriel, le temps de se doter d'une politique énergétique et d'un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques basée sur une consultation large et un débat démocratique. Cette politique et ce plan devraient être fondés sur une approche systémique abordant notamment les impacts environnementaux et sociaux et les usages de l'énergie. Des organisations ont réitéré cette demande de moratoire alors que le ministre Fitzgibbon accordait un nouveau bloc d’énergie. Plusieurs de ces organisations ont émis des communiqués sur le PL69 lors de son dépôt à l'assemblée nationale. 

 

Plusieurs membres et allié·es du Front commun pour la transition énergétique vous invitent à signer et à diffuser le Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable. Ce Manifeste vise à faire connaître 14 revendications portées par une vaste diversité de groupes citoyens, écologistes, syndicaux, communautaires, scientifiques, professionnels et spécialistes de divers domaines ainsi qu’un contre-discours sur l’avenir énergétique du Québec pour répondre à celui promu par le gouvernement Legault et Michael Sabia.

Consultez le Manifeste pour un
avenir énergétique juste et viable
 


Pour plus d’informations ou pour obtenir des entretiens avec les signataires
des communiqués, veuillez contacter :

Mélanie Busby (elle)
Front commun pour la transition énergétique
melanie.busby@pourlatransitionenergetique.org